Les labyrinthes dans la chrétienté :

Plus proche de nous, malgré son absence dans la Bible, dans la culture chrétienne occidentale on trouve aussi bon nombre de labyrinthes dans les églises et cathédrales à travers l’Europe.
En effet, quand survient le christianisme, au lieu d’effacer ou de combattre les signes des rites antérieurs, le culte nouveau les récupère, les absorbe et les faits siens. Ainsi les labyrinthes s’inscrivent dans les tombeaux et espaces sacrés et cruciformes.
Ceux ci sont conçus à même le sol, parfois gravés sur la pierre, mais le plus souvent construits en mosaïque avec des carrelages de couleurs différentes. Ils sont circulaires, carrés et même octogonaux. Au centre du labyrinthe, on trouve souvent, dans les premières basiliques, la figure du Minotaure. Plus tard elle est remplacée par la figure de Jésus.*8


Le labyrinthe de Chartres

Dans l’interprétation chrétienne traditionnelle, ils représentent les enchevêtrements et les pièges des pêchés qui font obstacle au cheminement de l’âme vers les cieux, par un chemin long et capricieux qui peut mener au centre du vaste dessin ou à des culs de sacs destinés à égarer celui qui s’y est engagé.
La légende rapporte que lorsque les lieux saints devinrent inaccessibles, le pèlerinage à Jérusalem aurait été remplacé symboliquement par le cheminement à genoux de ce tracé complexe, d’où le nom qui leur est parfois attribué de « Chemin de Jérusalem ».*9


Pénitents parcourant à genoux le labyrinthe de Saint-Anne, Nottingham.

Cependant les labyrinthes construit au XIIéme et XIIIéme siècles avant la perte de Jérusalem n’ont pas été réalisés pour une telle gymnastique. Leur signification serait alors peut être liée à une interprétation en tant que symbole d’exclusion et de protection contre le mal. Ainsi le labyrinthe aurait protégé l’église et ses fidèles des influences néfastes, les fidèles pouvant d’ailleurs renforcer leur protection personnelle en répétant le rituel du labyrinthe.

Une autre source nous parle de la fonction culturelle des labyrinthes d’église, en effet le labyrinthe de la cathédrale d’Auxerre en France aurait été utilisé comme terrain au jeu de pelote : le doyen et les novices du couvent formaient une chaîne autour du labyrinthe en se tenant les mains. Ils chantaient et dansaient en rond se passant, l’un l’autre une balle, la pilota. Quand le chant et la danse étaient terminés, le doyen et ses chanoines prenaient part à des agapes sacrées.

 

- Plan du labyrinthe de Reims -
- Au sol, le labyrinthe de Chartres -

 

Il est probable que la danse de la balle représentait symboliquement la course ou la danse du Soleil au long de l’année, sorte de passion de la création analogue à la passion du Christ, avec sa mort, son ensevelissement et sa résurrection en Christ-Soleil de Pâcques.*10

- Sol de la cathédrale d’Amiens -
- Plan du labyrinthe de Chartres -

Le labyrinthe est aussi présent dans les Mandalas tibétains, images complexes faites de cercles et de carrés, de chemins et d’impasses. Il faut gagner le centre, le lieu de l’éternel repos, qui anime tout ce qui se trouve en périphérie. La fonction du mandala est fort proche de celle du labyrinthe. L’insertion dans le mandala comme dans le labyrinthe équivaut à un rituel d’initiation.
Le labyrinthe décrit l’univers en ce qu’il est à la fois prévisible et imprévisible, il est comme un lieu de passage, précaire et dangereux, une brèche entre deux mondes.
Après examens de ces différents mythes, on peut les rapprocher par ce qu’ils ont de communs : un voyage, une épreuve, une initiation et une résurrection.

 

- Dédales de verdure à Saffron Waldon, Angleterre -


4) Jardins, art et divertissements

Jusqu'à présent, aucun élément ne nous permet de dater avec précisions les labyrinthes de gazon, mais le nom qu’ils ont pris dans les régions du Nord de l’Europe : Troy town ou Tröjeberg, les associe souvent à la ville de Troie considéré dans beaucoup de descriptions comme ayant des qualités labyrinthiques.
Les traces les plus anciennes de ces paysages artificiels que sont les dédales de jardin ont été retrouvées dans le monde celte : dans les champs de soldats romains, ils servaient de parcours d’entraînement et de protection nocturne.
Au XVéme siècle on commence à en aménager dans les parcs des châteaux, et plus tard, la bourgeoisie continuera d’en édifier, dans ses jardins de notables en Europe, mais aussi dans ses colonies anglaises d’Amérique.
La majorité des labyrinthes de gazon se rencontrent en Angleterre, notamment dans le comté du Dorset, dans un champ, creusé sous forme de tranchée, sur une colline dessiné à la craie.
Ces dédales, appelé « mizmaze », étaient souvent associés à des pratiques de sorcellerie. Néanmoins la plupart du temps ils étaient utilisés par les jeunes gens et les écoliers comme divertissements les jours de fêtes.


Labyrinthe de gazon.

5) Fêtes foraines et jeux

Au long des siècles, les labyrinthes deviennent d’innocents passes temps et des distractions du peuple. D’abord dans les fêtes foraines où ils connaissent très vite un grand succès, ensuite sous forme de jeux de plateau, comme le jeu de l’oie, connu comme un « jeu de dédale » dés la fin du XVème siècle.


Labyrinthe de pierres, Suède

En Angleterre on retrouve des panneaux où est gravé le parcours d’un jeu appelé « Nine men’s morris ». Ce jeu renvoie aux labyrinthes non seulement par ses autres noms : « siège de Troie » et « jeu de Troie », par son dessin, qui est le schéma d’un labyrinthe élémentaire mais aussi par ce qui le rattache au jeu de la marelle dont il existe plusieurs variantes. Quelques uns impliquent des mouvements circulaires ou spiraliformes ce qui, le jeu étant fort ancien, pourrait être une réminiscence des danses du labyrinthe.*11 D’ailleurs, dans l’antiquité, la marelle est un labyrinthe où l’on pousse une pierre - c’est à dire l’âme - vers la sortie. Avec le christianisme, le dessin s’allonge et se simplifie. Il reproduit le plan d’une basilique : il s’agit de faire parvenir l’âme, de pousser le caillou jusqu’au Ciel, au Paradis ou à la gloire.
Aujourd’hui on trouve le labyrinthe dans beaucoup de magazines pour enfants ; Pif, Spirou, Mickey, sous forme de jeu ou de parcours pour relier deux endroits ou un os à son chien...

- Jeux pour enfants -


6) Le labyrinthe du musée de David et Alice Van Buuren

Lors de notre recherche sur les labyrinthes, nous avons découvert que nous pouvions en visiter un à Bruxelles. Celui-ci se trouve à Uccle, dans le musée Van Buuren. Le labyrinthe a été construit par l’architecte paysagiste René Pechère qui a marqué les années’50
Et suivantes. Spécialiste des jardins historiques, il fut appelé par Alice Van Buuren pour créer le labyrinthe du cantique des cantiques, à l’occasion du départ de l’Ambassadeur d’Israël en Belgique. Il fut étudié et exécuté en 5 mois en 1968. Il est concentré sur une surface de 50 mètres sur 20 mètres. Mais le trajet jusqu’au cèdre (qui se trouve en son centre) et retour est de 2 fois 190 mètres, soit 380 mètres, à condition qu’on ne fasse pas d’erreur de parcours. L’inauguration de ce jardin fut célebré le 13 octobre 1968. Le labyrinthe Van Buuren fait partie des 500 labyrinthes du monde, avec celui de Loppem, il est le seul ouvert au public en Belgique.

7) Comment sortir du labyrinthe ?

La solution la plus simple consiste à suivre la paroi avec sa main ( la paroi droite avec la main droite, la paroi gauche avec la main gauche), de cette manière, on est sur de retrouver la sortie. Cependant ce chemin n’est pas le plus court car il faut parcourir tout le labyrinthe.

Par ailleurs, on peut représenter un labyrinthe par un graphe. Le critère important, c’est le nombre d’arêtes qui relient entre eux deux noeuds distincts. Un graphe connexe signifie qu’il est possible d’atteindre chaque noeud. La théorie des graphes constitue un outil mathématique important. « Le graphe appelé eulérien , en l "honneur d"Euler n existe que si le graphe présente une seule paire de sommets impairs, et le parcours doit alors commencer par l"un de ces sommets pour finir à l’autre ; ou si tous les sommets sont pairs, et le parcours peut commencer n’importe où pour finir où il avait commencé. Les graphes sur lesquels on ne peut mener de chemin eulérien sont donc ceux qui ont plus de deux sommets impairs. ». Le graphe a été inventé en 1736 par le mathématicien Léonard Euler.


8) Labyrinthes et réseaux

Finalement on entend de plus en plus parler de labyrinthes de l’information et non plus d’autoroute de l’information en référence à internet. Mais cette comparaison nous semble un peu simpliste et après toutes nos recherches sur ce qu’est réellement la forme labyrinthique nous avons un peu de mal à accepter cette comparaison quelque peu réductrice de l’idée du labyrinthe. En effet, même si internet ressemble à une multitude de chemins qui se superposent, s’entrecroisent, se chevauchent, il est difficile d’abord de réellement s’y perdre (même si parfois c’est un réel casse tête). Nous voyons le réseau internet plutôt comme une toile (d’où son nom anglais de web) où l’on se promène comme une araignée pouvant faire des sauts d’un chemin à l’autre et revenir à son point de départ, sans beaucoup de problèmes.

Néanmoins nous avons tout de même été nous promener sur le réseau et la plupart de nos recherches sur les labyrinthes ont abouti à des sites de spiritualité et de géométrie (méditation spirituelle basée sur les formes). Et malgré notre frustration de ne pas pouvoir trouver plus d’information sur les anciens mythes, le fait de voir tant de sites portant sur la symbolique du labyrinthe, nous amène à conclure par un extrait d’une citation de J.L. Henderson (analyste jungien) :
« L’expérience d’un labyrinthe, sous quelque forme qu’il se présente, peinture, dessin, danse, sentier de jardin, système de couloir d’un temple, produit invariablement le même effet psychologique : un dérèglement temporaire de l’orientation consciente, qui fait que (...) l’initié est « dérouté », qu’il perd symboliquement son chemin.(...) En observant attentivement un labyrinthe il arrive que le seuil de notre perception baisse, non pas à cause du vertige seulement, mais d’une manière qui permet lorsqu’on sort du labyrinthe de ressentir de façon plus naturelle, plus authentique la beauté du grand espace qui nous entoure. »*12
Et bien que les labyrinthes modernes sont souvent construits sans grande référence aux mythes anciens, leurs messages gardent toute leur authenticité, ils s’accompagnent du sentiment d’un renouvellement intérieur.

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8) Bayard, J-P. « La tradition cachée des cathédrales », Dangles, 1990.
9) Reed Doob, P. « L’idée du labyrinthe de l’Antiquité au Moyen Age », Cornell University Press, 1990.
10) Saint-Hilaire, P. « L’énigme des labyrinthes », Edition Nardon, Bruxelles, 1975.
11) Thibaud, R. J. « Le jeu de l’Oie », Dervy, 1995.
12) Henderson, J-L. « The wisdom of the serpent », Georges Bralizer, Inc.