[page précédente]    [sommaire]    [page suivante]  
esprit libre

[à l'université]
 
 
 
Immunité : un gène crucial se dévoile

L'histoire commence en 1999. Chercheur au sein de l'Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire (IRIBHM) sur le campus Erasme, Christophe Erneux découvre l'enzyme Itpkb et pointe son implication dans le système immunitaire. Les chercheurs savent alors que l'enzyme Itpkb synthétise l'inositol 1,3,4,5-tetrakisphosphate mais ignorent tout de la fonction et du mode d'action de ce messager intracellulaire. Reste donc - c'est peu dire - à comprendre et à décrire comment Itpkb agit. Stéphane Schurmans et son équipe de l'IRIBHM sur le Biopole de Charleroi s'y attellent. Les chercheurs génèrent en 2001 des souris déficientes pour l'enzyme Itpkb et en collaboration avec d'autres laboratoires de l'IRIBHM et de l'IBMM (Institut de biologie et de médecine moléculaires), ils démontrent que l'inactivation de cette enzyme Itpkb chez la souris entraîne une absence presque totale de lymphocytes T CD4+ et CD8+, des cellules très importantes dans la réponse immunitaire contre les infections de tous types. En d'autres mots, Itpkb joue un rôle-clef dans la production des lymphocytes T, acteurs essentiels de la défense immunitaire. Cette découverte vaut aux chercheurs les colonnes du journal Nature Immunology en 2003. Leur curiosité n'est pas encore rassasiée...

Inhiber le fonctionnement du gène

" Vu la localisation du gène Itpkb dans une région du chromosome 1 connue chez l'homme pour contenir plusieurs gènes de prédisposition aux maladies autoimmunes et vu la fonction de ce gène dans le développement des lymphocytes T, nous avons émis l'hypothèse que des altérations dans ce gène pourraient éventuellement favoriser l'apparition de maladies autoimmunes telles que le lupus érythémateux disséminé ou le diabète de type1 chez les personnes qui les portent ", explique Stéphane Schurmans. Le laboratoire continue à explorer cette voie. Il n'est d'ailleurs pas le seul à miser sur cette hypothèse : une équipe américaine du Genomics Institute of the Novartis Research Foundation à San Diego a reproduit les résultats belges et tente actuellement d'identifier des molécules capables d'inhiber le fonctionnement de ce gène. De tels inhibiteurs pourraient avoir un effet bénéfique dans le traitement des maladies autoimmunes et le rejet de greffes, des pathologies où les lymphocytes T jouent un rôle-clef.

Parallèlement à ces recherches autour du lymphocyte T, l'équipe de l'IRIBHM s'est également intéressée au rôle que cette même enzyme Itpkb joue face aux lymphocytes B, producteurs des anticorps et donc également acteurs essentiels de la défense immunitaire. Ce sont ces recherches réalisées par le Docteur Yoann Maréchal et menées en collaboration avec des équipes de l'ULB (IRIBHM, IBMM) et des Universités de Genève, Harvard et Bristol qui viennent de leur valoir une publication dans la revue américaine PNAS, Proceedings of the National Academy of Sciences.

Lymphocytes B

Les chercheurs ont identifié plusieurs anomalies du développement et de la fonction des lymphocytes B chez des souris déficientes pour l'enzyme Itpkb. Ils ont démontré sur des souris que ces anomalies sont la conséquence de la surexpression d'une molécule favorisant la mort cellulaire : sa surexpression entraîne une survie réduite des lymphocytes B et des défauts de production d'anticorps en réponse à certains agents.

L'équipe de l'IRIBHM propose également le mécanisme responsable de cette mort prématurée des lymphocytes B : l'absence de l'enzyme Itpkb entraîne l'absence du produit qu'elle génère, l'inositol 1,3,4,5-tetrakisphosphate. Or ce produit joue un rôle important dans le développement et la fonction des lymphocytes B.

" Ces nouveaux travaux sur le rôle d'Itpkb et de son produit réactionnel dans les lymphocytes B producteurs d'anticorps nous confortent dans l'idée que ce gène est très important dans le développement du système immunitaire et nous stimulent à continuer nos recherches sur le lien entre ce gène et la prédisposition génétique à certaines maladies autoimmunes ou à certaines immunodéficiences congénitales humaines ", conclut Stéphane Schurmans. A suivre donc au sein de l'IRIBHM…

Nathalie Gobbe

Une équipe de l'Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire (IRIBHM, Faculté de médecine) cerne un gène crucial dans le développement du système immunitaire. Ses travaux viennent d'être publiés dans la prestigieuse revue américaine PNAS.



 
  ESPRIT LIBRE > NOVEMBRE 2007 [ n°53 ]
Université libre de Bruxelles