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esprit libre

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Aliwen : à la santé des arbres !

Esprit libre : Quels sont les facteurs d'agression des arbres en milieu urbain ?
Benoît Buntinx : Les facteurs de stress se situent essentiellement au niveau de l'air (pollution atmosphérique), du sol (sol pauvre, compacté, sec avec peu de place pour le développement des racines..), du microclimat urbain (température plus élevée, intensité lumineuse accrue par la réflexion sur les bâtiment..); sans parler de l'action de l'homme : utilisation de désherbants, de produits chimiques, etc.
Murielle Eyletters : Toutes ces causes contribuent à fragiliser l'arbre et à le rendre facilement attaquable par des pathogènes encore plus agressifs.

Esprit libre : Comment est née l'aventure Aliwen ?
Murielle Eyletters : Au départ, dans le cadre du Laboratoire d'agrotechnologies végétales de l'ULB, nous avons mis au point une méthode de détection de la vitalité des plantes soumises à des stress abiotiques basées essentiellement sur la mesure de l'activité photosynthétique. À la base, nous avions de nombreuses conventions de recherche mais au fil du temps, les demandes de prestations de service se sont multipliées en provenance essentiellement d'institutions ayant en charge des espaces arborés. Nous avons donc décidé de créer une spin-off.

Esprit libre : De quelle méthodologie s'agit-il ?
Murielle Eyletters : Il s'agit de la technique de la fluorescence chlorophyllienne, qui permet un diagnostic de vitalité des arbres. Un diagnostic de santé sur lequel est venu se greffer une problématique qui concerne la sécurité : il s'agit de repérer les arbres malades qui sont potentiellement dangereux pour l'usager (promeneur, automobiliste, etc.). Ce double diagnostic permet de nourrir un plan de gestion global pour un patrimoine arboré spécifique. Concrètement, ce plan est élaboré sur base de la numérotation et de la cartographie de tous les arbres d'une zone précise (à Schaerbeek, 8000 arbres sont déjà répertoriés dans une banque de données).

Esprit libre : Quels sont les avantages de votre approche ?
Benoît Buntinx : Le service que nous avons développé permet de donner aux gestionnaires d'espaces arborés une vue d'ensemble, de définir les zones critiques à court, moyen et long terme (de 5 à 10 ans) ; de planifier les interventions (abattages, plantations...), de les budgéter et de les rationaliser. À Bruxelles, beaucoup d'arbres ont été plantés à l'époque de Léopold II et posent de plus en plus de problèmes de sécurité vu leur âge. À côté de cet aspect, il s'agit aussi de stabiliser et de valoriser les arbres à haute valeur patrimoniale ; ceux qui ont une plus-value environnementale dans la ville.
Murielle Eyletters : Notre slogan est " le bon arbre, au bon endroit " : nous aidons donc également à choisir l'espèce la mieux adaptée dans le cadre de programme de replantation au lieu et aux conditions de croissance qui le caractérisent.

Esprit libre : Qu'est-ce que la fluorescence chlorophyllienne ?
Benoît Buntinx : La technique de fluorescence chlorophyllienne permet de mesurer la vitalité des arbres sur base de la mesure de photosynthèse. Une mesure qui se fait directement sur les feuilles et qui est très rapide.
Murielle Eyletters : Cette technique et d'autres (tomographie, etc.) permettent de justifier ou non un abattage sur base d'éléments rationnels, scientifiques et objectifs. On sait combien les riverains peuvent s'attacher à un coin arboré. Nous pouvons aider à expliquer le pourquoi d'un abattage mais aussi comment replanter efficacement...

Esprit libre : Vous avez mis au point un outil informatique pour faciliter la gestion...
Murielle Eyletters : Il s'agit d'une application Web assez facile à utiliser. Elle permet sur base de l'identification des arbres en bonne santé ou malades de planifier les actions à mener. Cela permettra aussi à terme d'avoir une vision globale sur le parc arboré en région bruxelloise. L'application intéresse déjà d'autres villes, comme celle de Paris par exemple.

Esprit libre : Aliwen aujourd'hui, cela représente quelles forces vives ?
Benoît Buntinx : Nous sommes actuellement trois ingénieurs agronomes permanents mais nous travaillons avec des ingénieurs civils, des historiens, des architectes paysagistes, des écoconseillers... La pluridisciplinarité étant un des grands facteurs de réussite d'une bonne gestion, à tous niveaux.

Esprit libre : Quelles sont les perspectives de développement d'Aliwen ?
Benoît Buntinx : Nous souhaitons développer nos activités en Flandre mais aussi en France. Il a d'abord fallu montrer et prouver l'intérêt de toutes ces nouvelles techniques aux institutions approchées; à présent, nous pouvons nous baser sur ces expériences pour développer un marché totalement nouveau. C'est évidemment passionnant!
Murielle Eyletters : Parallèlement à l'arboriculture, de nombreux domaines restent à exploiter. Nous avons par exemple été approchés par des producteurs de tabac qui doivent faire face à des stress abiotiques en cours de croissance entraînant des problèmes de séchage de la plante. Les perspectives sont donc très largement ouvertes...

Alain Dauchot


Trois ans d'existence pour Aliwen, spin-off installée à Gosselies et qui est issue du Laboratoire d'agrotechnologies végétales de l'ULB. Une aventure florissante pour les deux ingénieurs agronomes qui ont planté l'arbuste " Aliwen " : Murielle Eyletters et Benoît Buntinx. Un projet qui allie à la fois des aspects de recherche, des préoccupations de bonne gestion écologique et un volet économique non négligeable.



Le 30 mars
Pour son 3e anniversaire, Aliwen organise une journée d'information : " Plan de gestion du patrimoine arboré ". L'après-midi sera ponctuée de conférences. Participation de C. Logou (mairie de Paris), J.-C. Verbrugge (Service de mécanique des sols, ULB) et R. Strasser (laboratoire de bioénergtique, Université de Genève). Sur invitation.

Infos : http://www.aliwen.com

 
  ESPRIT LIBRE > MARS 2006 [ n°38 ]
Université libre de Bruxelles