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Renaud Tockert Capitaine de CAP 48

Esprit Libre : Qu'est-ce qui vous a poussé à entamer des études de médecine ?
Renaud Tockert : Très tôt, j'ai voulu m'orienter vers un métier où l'humain serait au centre de mes préoccupations. La question de la santé a été pour moi le moyen de combiner une proximité avec les gens et le sentiment d'être utile. J'ai terminé la médecine à l'ULB en 1986 et j'ai ensuite suivi une année de spécialisation en santé publique en médecine tropicale à Anvers. Mon passage à l'ULB m'a beaucoup apporté, au niveau du métier, mais aussi par rapport à ma réflexion sur le monde. Attaché au libre-examen, c'était aussi un choix déterminé.

Esprit Libre : Vous avez rapidement travaillé pour Médecins sans frontières...
Renaud Tockert : Après quelques mois en tant que médecin généraliste à Bruxelles, je suis parti avec Brigitte Van Thournout, ma compagne - qui est également médecin (et actuellement pédo-psychiatre à l'Hôpital St-Pierre) -, au Mozambique. À l'époque, ce pays était en guerre civile. Nous avons travaillé durant trois ans dans des centres de réfugiés. Lorsque nous sommes rentrés en Belgique, ma compagne a entamé des études de psychiatrie. Pour ma part, j'ai continué à MSF Belgique comme directeur de programmes d'intervention, durant la première guerre du Golfe, puis pendant la guerre en Bosnie. J'ai également dirigé les activités pour l'Afghanistan, et au Tadjikistan... Bref, j'ai été fortement impliqué jusqu'en 1997 dans la direction des opérations de MSF dans des situations de guerre.

Esprit Libre : Que vous ont apporté ces expériences ?
Renaud Tockert : Je partage un certain idéal humanitaire qui permet de créer des ponts, de regarder vers le Sud et vers l'Est, vers les populations qui n'ont pas la chance de vivre dans des démocraties bien ancrées. J'ai conservé des amis dans ces contextes de travail très difficiles. Il y a une beauté dans les liens qu'on peut établir avec les gens sur place... MSF, comme d'autres, donne du courage aux personnes, au bout du monde, qui se croient abandonnées de tous.

Esprit Libre : Votre travail de terrain en tant que médecin vous a progressivement amené à d'autres responsabilités...
Renaud Tockert : J'ai glissé des activités médicales cliniques vers l'organisation des soins de santé en situation de crise, la gestion d'équipe, etc., en complétant mes connaissances en santé publique et en gestion organisationnelle, en suivant les cours de maîtrise en politique internationale à l'ULB. Puis plus tard, par une maîtrise en gestion hospitalière à l'ULB, lorsque j'ai commencé à travaillé pour le réseau Iris. Six années passionnantes également. Ma tâche essentielle a été de mettre sur pied les collaborations médicales au sein de ce réseau.

Esprit Libre : Puis c'est l'aventure 48 81 00...
Renaud Tockert : En 2003, j'ai effectivement rejoint l'Opération de la RTBF, qui existe depuis 1957. Une belle aventure qui avait fort vieilli ces dix dernières années mais qui fut pionnière en la matière.

Esprit Libre : Vous étiez déjà sensibilisé à la cause des handicapés ?
Renaud Tockert : Effectivement. Depuis 10 ans, avec quelques amis, nous avons créé une institution, un centre de jour et de logement pour personnes handicapées mentales, du côté de La Louvière : la Ferme de la Clarine.

Esprit Libre : L'an dernier, 48 81 00 est devenu Cap 48. Un nouveau nom qui correspond à un nouvel élan...
Renaud Tockert : Dans les années 90, avec le Téléthon, le Télévie, etc., l'Opération a pris un coup de vieux. Je suis arrivé pour en rafraîchir l'identité, relancer nos relations de confiance avec les partenaires privés, recréer des ponts avec les partenaires publics, ressourcer et rajeunir notre réseau de bénévoles, qui est estimé à 5.000 personnes aujourd'hui.

Esprit Libre : Quel est l'objectif essentiel de CAP 48 ; la récolte de fonds ?
Renaud Tockert : CAP 48 est une campagne qui existe avant tout pour faire évoluer le regard des personnes par rapport au handicap. Souvent, le regard que l'on porte aux handicapés est un regard gêné, parfois blessant, par méconnaissance ou par crainte. Sensibiliser permet de briser la glace. Depuis début septembre et jusqu'au 17 octobre, une centaine d'émissions d'info ou de divertissement en radio et TV donneront donc une visibilité au vécu des handicapés, au travers de témoignages, de jeux, de reportages... Cette année, on mettra l'accent sur l'autisme, la trisomie, les malentendants et les malvoyants, l'autonomie chez les handicapés mentaux. Le tout se terminant en apothéose par la grande soirée télévisée de clôture orchestrée par la RTBF. L'an dernier, grâce à la générosité des Belges (près de 2 millions d'euros récoltés), nous avons pu financer 85 projets...

Esprit Libre : Vous avez trois enfants. Leur avez-vous inculqué le virus de la médecine ou de l'action humanitaire ?
Renaud Tockert : Ils ont beaucoup de centres d'intérêt, assez variés, mais ce qui les rassemble, c'est le regard vers l'autre qui est déjà le leur. Quant à des carrières de futurs médecins... On verra !

Alain Dauchot


Médecin de formation, Renaud Tockert a connu les situations de guerre, du Mozambique à l'Afghanistan, en passant par l'ex-Yougoslavie. Ses compétences et son regard sensible d'être humain, il les met depuis l'an dernier au service des personnes handicapées. C'est lui qui a relancé l'Opération 48 81 00 devenue depuis CAP 48. Rencontre au staff de l'Opération, dans une ambiance fébrile, à quelques heures de la conférence de presse de lancement...



 
  ESPRIT LIBRE > OCTOBRE 2004 [ n°25 ]
Université libre de Bruxelles