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Famille Wiener Tradition " ulbiste " de père en fils

La plupart des Bruxellois connaissent, ne fut-ce que de nom, l'avenue et la place Léopold Wiener à Watermael-Boitsfort. Ces toponymes rendent hommage à celui qui fut bourgmestre de Boitsfort - près de 50 ans après Théodore Verhaegen -, sculpteur, créateur de médailles et également graveur en chef de la monnaie belge au XIXe siècle. Il ne fallut pas plus de quelques années aux membres de cette famille d'origine austro-hongroise - Jacques, Léopold, Maurice et Charles, quatre des fils de Marcus Wiener - pour se faire un nom en Belgique.

" Pour trouver le lien entre Philippe Wiener (1) en hommage duquel la Fondation Wiener-Anspach a été créée, et Germaine Wiener dont le legs a permis de mettre sur pied le Fonds Gaston Ithier, il faut remonter trois générations ", commente Fernand Wiener, légataire et cousin de Germaine. Cinq générations le séparent quant à lui de leur ancêtre commun. Ce dernier s'installa à Venloo en 1817 et trois de ses fils entamèrent des études artistiques afin de devenir graveurs en Belgique. Jacques Wiener, qui allait contribuer à la création des timbres belges en 1848 et ainsi organiser la mise en œuvre des premiers affranchissements postaux en Europe continentale, s'établit à Bruxelles et choisit, le premier, d'opter pour la nationalité belge qu'il obtint en 1845.

L'ULB, " coutume familiale "

Depuis 1868, les descendants de Marcus Wiener sont nombreux à avoir fréquenté les campus de l'ULB. Le père, le grand-père et l'arrière-grand-père de Fernand Wiener étaient avocats au barreau de Bruxelles. Tous ont suivi leur études et décroché leur doctorat à l'ULB : Jacques en 1930, Francis en 1904 et Sam en 1873. " Nous avons une tradition ulbiste de père en fils. Si je n'ai pas fait le droit, j'ai néanmoins décroché un diplôme d'ingénieur commercial à Solvay en 1973, commente Fernand Wiener. Et ma fille y a fait médecine ! Les valeurs libérales et humanistes qui ont présidées la création de l'ULB font partie de nos valeurs familiales ". Précisons que la famille compte également deux de ses membres au sein du corps académique. Marguerite Wiener, l'épouse du professeur de zoologie Maurice Philippson, joua un rôle important au sein de l'ULB en tant que co-fondatrice de la Maison des étudiantes en 1920. En 1927, l'ingénieur Lionel Wiener s'est vu confié, jusqu'à son décès en 1940, le cours relatif aux " Chemins de fer coloniaux et d'outre-mer ".

Humanisme transgénérationnel

L'arrière-grand-père de Fernand Wiener, le sénateur libéral Sam Wiener, a non seulement été conseiller juridique du Consistoire central israélite de Belgique qui fut présidé par son père, Jacques, au XIXe siècle, mais il fut également le conseiller de Léopold II, notamment dans ses entreprises coloniales où il joua un rôle déterminant comme jurisconsulte, diplomate et chargé de négociations secrètes. Il fut également l'avocat de la liste civile, intervenant entre autres dossiers en faveur du Roi dans le procès de la succession de la Reine Marie-Henriette. Ce partisan de la laïcisation de l'enseignement siégea au Sénat pendant 14 ans et son dernier discours, prononcé à titre posthume, portait sur la loi scolaire de 1914 : " Lorsqu'ils amènent leurs enfants à l'école publique, tous ces pères de famille, tous ces citoyens ont le droit d'exiger que l'enseignement soit donné de telle façon qu'aucune croyance ou conviction philosophique ne soit blessée ".
La tante de Fernand Wiener a également joué un rôle actif en faveur de la lutte pour l'égalité économique, sociale et politique des femmes puisqu'elle présida le Conseil national des femmes belges - créé par Marie Popelin et dont la première assemblée se tint à l'ULB en 1892 - de 1959 à 1965. Les mandats de Sam et Nellie Wiener furent ainsi guidés par plusieurs valeurs-clés de la laïcité : le refus de l'exclusion, la tolérance, la conquête de la citoyenneté, l'émancipation et l'autonomie.

Contributions au savoir

Les donations de la famille Wiener permettent aujourd'hui, par l'intermédiaire de la Fondation Wiener-Anspach, de promouvoir les relations entre l'ULB et les Universités d'Oxford et de Cambridge, ainsi que des initiatives communes aux deux Institutions. À l'heure de l'essor des séjours académiques, Fernand Wiener précise que l'objet social de la Fondation, inchangé depuis plus de 40 ans, était très visionnaire pour l'époque. De son côté, le Fonds Gaston Ithier - qui porte le nom du défunt époux de Germaine Wiener - créé en 2004, entend promouvoir la lutte contre le cancer par le soutien de travaux de recherche en oncologie au sein de l'ULB. Fernand Wiener, qui se souvient de sa cousine comme d'une " petite grande dame attachante et fidèle au libre examen, au respect des gens et à l'éthique " apprécie l'espace de liberté et de créativité dont bénéficient les chercheurs au sein de l'Université.

Amélie Dogot


Derrière le Fonds Gaston Ithier et la Fondation Wiener-Anspach se cache un nom bien connu en Belgique : celui des Wiener. Portrait d'une famille proche de l'ULB et de ses valeurs, et qui a contribué au renom de notre pays en lui donnant des artistes, des juristes, des militaires et des ingénieurs.



Donateurs ou bénévoles…

Nous aurons l'occasion, dans de futurs numéros d'Esprit libre, de revenir sur d'autres parcours - familiaux ou individuels - qui, grâce à leurs dons ou à leur travail de bénévolat, permettent à notre institution de fonctionner un peu mieux.

(1)Philippe Wiener fut arrêté en avril 1942, traduit devant l'Oberfeldkommandantur de Bruxelles pour espionnage et aide à l'ennemi et incarcéré successivement à Saint-Gilles, Boehum et Munster avant d'être assassiné par les Nazis à Esterwegen le 26 mars 1944.

 
  ESPRIT LIBRE > OCTOBRE 2007 [ n°52 ]
Université libre de Bruxelles