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Grippe aviaire : simple alerte médiatique ou question de fond ?

Grippe aviaire : pourquoi à la une de l'actualité ?

Nul doute que la complexité du sujet justifie sa place dans les médias. En effet, cette épidémie pose de graves problèmes sanitaires et économiques, mais soulève aussi des questions scientifiques. L'impact économique est énorme du fait de la perte du cheptel, du coût de la destruction des animaux contaminés et des conséquences de l'embargo décrété. Ces mesures visent à empêcher le passage de l'épidémie au stade de pandémie et à rassurer un consommateur europé en déjà rudement éprouvé par les crises antérieures. Pour finir, plus pré occupant pour la communauté scientifique est le fait que la présente dissé mination de l'agent infectieux fait peu de cas du concept de " barrière des espè ces ".

Quel est cet agent infectieux ?

Dans la presse, on parle tantôt de " grippe ", tantôt de " peste aviaire ", une terminologie courante jusqu'en 1981. La peste - comme la peste bubonique ou noire de sinistre mémoire - est due à une bactérie (le bacille de Yersin). Ce terme semble donc mal choisi car l'agent infectieux en cause lors des derniers é pisodes est un virus du genre influenza, comme ceux responsables de la grippe humaine. Les virus influenza sont des virus " enveloppés ", dont le génome est constitué de huit segments d'ARN. Ces virus sont classés en types (A, B ou C) et en sous-types, notamment en fonction des protéines qui se trouvent sur leur enveloppe : l'hémagglutinine (H) et la neuraminidase (N).

Comment l'agent infectieux se propage-t-il ?

Jusqu'à présent, les virus de type B et C n'ont été isolés que chez l'homme. Par contre, ceux du type A ont été isolés chez de nombreuses espèces. Cependant, tous ceux isolés chez les mammifères (homme, porc ou cheval) proviennent des oiseaux, en particulier des anatidés dont font partie des oiseaux aquatiques migrateurs comme les canards et les oies. Les oiseaux sauvages sont des porteurs sains, et constituent donc un réservoir naturel pour les virus susceptibles d'induire l'infection primaire des volailles domestiques. Ces dernières, même guéries après infection, restent néanmoins porteuses de virus influenza durant plusieurs mois : elles constituent donc une importante source de contamination, ce qui justifie l'abattage systématique et la destruction des produits dérivés. Au stade actuel, on considère probable que la transmission à l'homme se fait par la voie respiratoire lorsque l'individu est en contact direct avec des quantités importantes de virus.

Pourquoi s'alarmer dans le cas de la grippe aviaire ?

En Asie, un certain nombre de personnes sont décédées sans que l'on ait prouvé qu'elles avaient été en contact avec des volailles malades. L'inquié tude majeure, dès lors, concerne l'éventualité d'une modification du virus permettant la transmission de l'homme à l'homme. Et dans ce domaine, l'humanité a déjà payé très cher. Depuis le début du XVIIIe siècle, plus de 20 pandémies de grippe ont été recensées, dont la plus meurtrière fut la grande pandémie de " grippe espagnole " entre 1918 et 1919, qui provoqua plus de 20 millions de morts (plus que la première guerre mondiale !). En 1957 et 1968, deux autres pandémies ont également causé des centaines de milliers de morts.

Toutes les souches influenza sont-elles dangereuses?

Les virus influenza sont classés en sous-types, en fonction des propriétés sé rologiques de leurs protéines de surface. À l'heure actuelle, pour le type A, 15 sous-types H (H1 à H15) et 9 sous-types N (N1 à N9) ont été identifiés. La souche aviaire asiatique qui sévit actuellement est de type H5N1, alors que l'é pidémie aviaire néerlandaise de 2003 était due à la souche H7N7. La pathogenicité et la transmissibilité des différents virus influenza aviaires sont très variables, mais les sous-types H5 et H7 comportent les souches les plus virulentes.

En conclusion ?

Des mesures prophylactiques ont été prises au niveau régional et international pour contrer l'extension de l'épidémie. En Europe, un embargo strict est imposé à l'encontre des produits aviaires américains (jusqu'à mi-mars) et asiatiques (mi-août). Parallèlement, les scientifiques sont encouragés à se pencher sur les mécanismes permettant la transmission des virus au-delà de la " barrière des espèces ". Reste une question que peu de médias ont abordée : vache folle, fièvre aphteuse, grippe aviaire ou peste porcine, ne devrait-on pas s'interroger sur les pratiques d'élevage ?

Mohamed El Aydam
ActuSciences

Marie-Jo Gama
ActuSciences

La grippe aviaire a occupé la une des journaux il y a quelques semaines. Depuis, l'attention est ailleurs... Le problème est-il pour autant résolu ? Toutes les réponses ont-elles été apportées ou devons-nous attendre calmement la prochaine alerte après celles appelées "vache folle", "fièvre aphteuse", "dioxine du poulet"... ?
ActuSciences propose ici quelques éléments d'information, suscitant peut-être plus de questions que de réponses... Dans ce cas, rendez-vous sur notre site !
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  ESPRIT LIBRE > AVRIL 2004 [ n°21 ]
Université libre de Bruxelles