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esprit libre

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Génération ERASMUS 20 ans de bougeotte et d'échanges avec l'ULB

Feliz cumple anos, Bon anniversaire, Zum Geburtstag viel Glück, Happy Birthday... 20 ans, l'âge idéal pour voyager, prendre un bol d'air, aller puiser la différence hors de nos frontières et se forger une petite expérience de vie, bien utile aussi pour affronter les études. Et chez nous ? Qu'est-ce qu'Erasmus a changé dans la vie des étudiants, mais aussi dans l'offre de l'Université ? Qui en bénéficie et comment nos étudiants-voyageurs vivent-ils cet épisode ?

Le point avec Claude Henschel, coordinatrice du Département Enseignement de l'ULB et Chantal Zoller, coordinatrice du Département des relations extérieures, mais qui a longtemps été responsable des Relations internationales au sein de notre institution.

Esprit libre : 20 ans de programme Erasmus... Aujourd'hui, ce programme s'intègre naturellement dans le parcours de nombreux étudiants. On a un peu oublié quelles étaient les prémisses de ce programme, finalement...
Chantal Zoller : En réalité, ce programme a connu une phase de germination dès les années 70. La Commission européenne rêvait de concrétiser l'idée de coopération entre pays de l'Union dans le domaine de l'éducation, or l'Europe n'avait pas de compétences dans ce domaine. La solution fut donc d'intégrer cette dimension par le biais de la mobilité des étudiants. Cela a donné une impulsion à la coopération interuniversitaire qui, jusque-là, se limitait à la recherche. C'est une des avancées que l'on doit reconnaître à Erasmus : ce programme a permis de jeter des ponts entre établissements d'enseignement supérieur européens, ce qui a impulsé une dynamique d'échanges au niveau international. Cela a aussi obligé toutes nos universités à mettre au point des infrastructures et des outils qui, jusque-là, étaient quasi inexistants en matière d'information sur les programmes, de formations en langues, de comparaisons et d'adaptation des programmes, etc. Cela étant, l'idée d'origine - que la Commission lance un programme en le finançant au départ mais que les États membres prennent ensuite rapidement le relais - ne s'est pas fait avec l'intensité espérée... Mais disons que cette métamorphose en a provoqué d'autres, et a créé une dynamique.

Esprit libre : Même si la Commission présente Erasmus comme une de ses grandes réussites, le financement reste tout de même la pierre d'achoppement du programme...
Claude Henschel : Le financement est largement insuffisant. Les bourses que nous pouvons offrir ne couvrent certainement pas le séjour de l'étudiant à l'étranger (ndlr : elles varient entre 100 et 220 euros par mois en fonction de critères socio-économiques précis). Par ailleurs, le personnel et la logistique que nécessite le programme Erasmus au sein de notre Université doit être financée par notre institution.
Chantal Zoller : ...Précisons qu'il y a une grande disparité entre pays au niveau de l'octroi de la bourse Erasmus. Dans certains pays - comme en France par exemple -, cette bourse n'est pas mieux dotée, mais les régions ou les villes suppléent et permettent aux étudiants d'avoir, en définitive, une somme conséquente qui correspond déjà beaucoup mieux aux dépenses concrètes d'un étudiant. À l'ULB, nous avons fait un effort important en dégageant des fonds propres pour permettre un appoint à la bourse. Mais cela reste bien sûr insuffisant...
Claude Henschel : ...Clairement, dans la tête des adolescents d'aujourd'hui, beaucoup envisagent, dès le départ, de " faire un Erasmus " comme ils disent ; ceux-là, souvent, s'y préparent en mettant des sous de côté, en vue de leur séjour futur à l'étranger. C'est une évolution que l'on constate. Mais beaucoup seraient exclus du système si l'Université n'intervenait pas financièrement.

Esprit libre : Pourquoi les étudiants choisissent-ils aujourd'hui d'effectuer un séjour Erasmus ? Qu'attendent-ils en général de leur séjour ?
Claude Henschel : C'est pour eux l'opportunité de vivre, durant quelques mois de leur vie d'étudiant, " autre chose ". Que cela soit au niveau des méthodes pédagogiques, des populations côtoyées, des amis que l'on peut se faire... Aller voir ailleurs comment cela se passe. L'apprentissage de la langue, l'immersion linguistique ne vient qu'en deuxième critère. Beaucoup d'ailleurs font un effort d'apprentissage longtemps avant leur départ pour être prêts à affronter correctement la langue du pays d'accueil.

Esprit libre : La maîtrise de la langue du pays d'accueil reste un critère de sélection des candidats Erasmus...
Claude Henschel : Le principe est que le candidat Erasmus " doit maîtriser suffisamment la langue " pour pouvoir comprendre l'enseignement. Dans les faits, souvent, le saut qualitatif dans la maîtrise de la langue se fait sur place, une fois plongé dans le bouillonnement Erasmus !

Esprit libre : Est-ce que la philosophie de ce programme a changé en 20 ans ?
Claude Henschel : Elle a probablement changé dans la manière dont les étudiants se l'approprient. Beaucoup aujourd'hui envisagent de partir dans telle ou telle université, en anticipant sur le mémoire qu'ils prévoient de mener dans tel ou tel laboratoire ; laboratoire où ils souhaitent, par exemple, de travailler après leurs études...
Chantal Zoller : ... La philosophie sera d'ailleurs encore amenée à évoluer. Car Erasmus va au-delà de la question de mobilité des étudiants et de celle des enseignants. C'est aussi la mise sur pied de programmes intensifs, d'écoles d'été, de réseaux de réflexion sur les méthodes d'enseignement, de cours imaginés en commun, etc. Ce projet a préparé le terrain au processus de Bologne. Nous sommes à présent dans la logique de création de Masters européens imaginés conjointement. Nos étudiants devraient pouvoir bénéficier à l'avenir d'un plus grand nombre de programmes de cours imprégnés par un apport international ; avec des enseignants issus d'autres universités européennes.

Esprit libre : Géographiquement, le réseau Erasmus s'étend au-delà des limites frontalières de l'Union européenne officielle...
Claude Henschel : Le programme Erasmus a toujours devancé l'Europe politique ; ce fut notamment le cas en intégrant dans la liste des pays partenaires les pays de l'Est non encore intégrés à l'Union. C'est effectivement l'Europe au sens le plus large : des pays comme la Turquie, la Norvège ou l'Islande sont aussi membres du réseau.

Esprit libre : Combien d'étudiants, chez nous, partent et viennent dans le cadre d'Erasmus ?
Chantal Zoller : Chez nous, cela concerne environ 400-450 étudiants par an qui partent et un peu plus d'étudiants étrangers qui viennent d'autres pays...
Claude Henschel : Cela correspond à un étudiant sur cinq ou sur six si l'on compare à la population " éligible " pour l'expérience Erasmus. Ce à quoi, il faut ajouter les " Erasmus Belgica " : il s'agit d'un programme de mobilité entre les deux communautés de notre pays qui commence à se développer. Il fonctionne depuis trois ans maintenant. Beaucoup de nos étudiants choissent d'aller suivre une partie de leur cursus à l'Université de Gand, par exemple. Ce qui ne les empêche plus, aujourd'hui, de partir vers une autre destination ensuite (ce qui était le cas au début).

Esprit libre : l'aventure Erasmus semble tenter plus les filles que les garçons...
Claude Henschel : C'est exact. Parmi les hypothèses avancées, il y a le fait que les filles seraient moins casanières ! Mais il est difficile de tirer des conclusions de ce genre de constat. N'oublions pas qu'à la base, il y a plus de filles que de garçons dans notre Université.

Esprit libre : Quelles sont les destinations de prédilection de nos étudiants ?
Chantal Zoller : Depuis toujours, nos " partenaires privilégiés " sont l'Espagne et l'Italie. Peu vont au Royaume-Uni - même si beaucoup aimeraient ! - mais c'est parce qu'il y a peu de places disponibles ; les étudiants francophones belges ou français désireux de suivre un apprentissage en anglais vont en Suède, en Tchéquie...
Claude Henschel : J'ajouterais aussi que si Erasmus fête ses 20 ans, c'est loin d'être le seul programme de mobilité qui a vu le jour. De nombreuses conventions existent, notamment avec les universités du Québec, ou encore entre la Solvay Business School et de nombreuses institutions. En 20 ans, toutes mobilités confondues, on peut dire que l'on a multiplié par six le nombre d'étudiants qui bougent.

Esprit libre : Est-ce que l'offre Erasmus va évoluer en 2007 ?
Claude Henschel : Il y aura quelques nouveautés en 2007. Les étudiants pourront dorénavant faire des stages en entreprise dans le cadre de leur Erasmus, ce qui n'était pas le cas auparavant. Par ailleurs, le personnel administratif des universités bénéficiera, lui aussi, de la possibilité de bouger pour aller voir ce qui se fait ailleurs en matière de cadre institutionnel, ce qui peut également être fort profitable.

Alain Dauchot



Erasmus en bref

* Le programme Erasmus a été adopté en juin 1987. 3 244 étudiants y ont participé la première année. En 2005, leur nombre s'établissait à 144.032 étudiants, soit près d'1% de la population estudiantine européenne. La proportion est plus élevée parmi les professeurs d'université où la mobilité des enseignants concerne 1,9 % du personnel enseignant européen, soit 20.877 personnes.

* Au cours des 20 dernières années, plus d'un million et demi d'étudiants, dont 60 % de femmes, ont touché des bourses ERASMUS.

* Actuellement, neuf établissements d'enseignement supérieur européens sur dix peuvent bénéficier de ce programme. Plus de 2000 y prennent part.

* 80 % des participants sont les premiers de leur famille à effectuer une période d'études à l'étranger.

* Des études ont confirmé que la participation à ERASMUS peut être un atout clé dans la recherche d'un emploi - les employeurs d'aujourd'hui considèrent qu'une période d'études passée à l'étranger est une expérience précieuse.

* L'objectif de la Commission : atteindre 3 millions d'étudiants Erasmus d'ici 2012, soit faire bouger autant d'étudiants en 6 ans qu'en 20 ans. Une ambition qui reste fort modeste au vu des 450 millions d'habitants de l'espace européen.

 
  ESPRIT LIBRE > AVRIL 2007 [ n°48 ]
Université libre de Bruxelles