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[International]
 
 
 
Bruxelles-Shanghai: un axe en développement pour l'ULB

Esprit libre : Cette mission faisait suite à la venue, en juin dernier, de représentants de l'Université Fudan de Shanghai où un accord de coopération et d'échange avait été signé avec les autorités de l'ULB...
Pierre Quertenmont : La visite de la délégation de Fudan en juin avait permis de confirmer le fait que nous nous choisissions comme partenaires privilégiés. Nous avons eu l'occasion de mieux nous connaître et aussi d'évoquer des pistes de financement. Mais rien de véritablement concret n'avait été décidé, si ce n'est d'examiner en profondeur ce que nous pouvions faire ensemble. Si des pistes très intéressantes avaient été évoquées en juin, nous avons cette fois profité de la mission de Madame Simonet pour, d'une part, présenter notre partenaire, Fudan, à la ministre, et d'autre part, concrétiser nos préaccords.

Esprit libre : Comment s'est déroulée la visite ?
Pierre Quertenmont : Nous avons eu droit à un accueil très chaleureux de la part de nos hôtes. Les professeurs Goldman et Geerts ont chacun donné une conférence devant des auditoires extrêmement intéressés, ce qui a permis de mettre en évidence les compétences de l'ULB en sciences de la vie et en nanosciences. Au-delà des aspects protocolaires et de la visite, j'ai pour ma part travaillé avec mon homologue des relations internationales de Fudan sur la mise en oeuvre de notre accord de coopération.

Esprit libre : Que précise cet accord ?
Pierre Quertenmont : Nous allons procéder à des échanges d'étudiants, qui seront possibles dans pratiquement tous les domaines. Ensuite, nous avons évoqué un projet d'accord plus spécifique concernant les langues, afin de recevoir chez nous les universitaires chinois qui étudient le français et d'envoyer à Fudan les étudiants de l'ULB désireux d'apprendre le chinois. Il y a également un projet avec le professeur Françoise Lauwaert (sinologue, titulaire du cours " Asie contemporaine : approches socio-politiques "), en vue d'organiser, dans un an, un colloque concernant les sciences humaines où seraient invités des professeurs de l'Université Fudan. Ce colloque s'inscrirait dans le cadre du festival Europalia qui, l'année prochaine, sera consacré à l'Europe. Nous avons, dans ce domaine également, obtenu une marque d'intérêt très vive de la part de Fudan. Lequel a par ailleurs confirmé son attrait pour les matières de conservation du patrimoine, sujet très sensible actuellement en Chine. Enfin, nous avons confirmé des collaborations existantes et qui vont se renforcer. En nanosciences, puisqu'il existe une longue collaboration de recherche entre le Professeur Marc Hou, chez nous, et le Professeur Pan à Fudan. Et en études européennes, où le Professeur Dai Bingran - qui est vraiment le grand spécialiste chinois en la matière - est venu à Bruxelles pour occuper, durant un mois, une chaire octroyée par le Bureau des Relations Internationales.

Esprit libre : Par rapport aux objectifs préétablis, peut-on dire que cette mission est une réussite ?
Pierre Quertenmont : La mission a très fortement répondu à nos espérances sur les points qui nous paraissaient vraiment importants. Par exemple, la finalisation d'un accord avec le Chinese Scholarship Council (CSC), c'est-à-dire l'organisme du gouvernement chinois qui octroie des bourses pour la mobilité. Aussi bien pour les étudiants, doctorants et chercheurs chinois voulant aller à l'étranger que pour des étrangers voulant se rendre en Chine. Il y a, à ce sujet, un accord en négociation depuis plusieurs mois avec le CSC afin qu'il octroie des bourses à des doctorants et post-doctorants Chinois qui séjourneraient dans des unités de recherche en Belgique et, en contrepartie, le FNRS et le CGRI feraient la même chose pour que des Belges puissent aller séjourner en Chine, au niveau doctoral et post-doctoral, mais aussi au niveau des Masters. La secrétaire générale du CSC que nous avons rencontrée, nous a vraiment confirmé son intérêt : une déclaration d'intention assez claire a été signée de manière à ce que, dans les six mois, l'accord définitif soit signé et que l'année prochaine, on puisse commencer à procéder aux échanges. Il y aurait à ce moment-là une vingtaine de bourses octroyées à des Chinois qui viendraient en Communauté française et un nombre sans doute équivalent pour des étudiants belges qui veulent séjourner en Chine. Ce qui n'est pas négligeable. Il faut également savoir que l'ambassade d'Allemagne à Pékin a mis au point un système, l'APS, permettant de contrôler l'authenticité et la véracité des diplômes des étudiants chinois ainsi que les compétences des personnes dans les domaines où elles prétendent les avoir obtenues. Sur ce point, un accord a été conclu entre la Communauté française et l'APS conduisant à ce que les étudiants chinois désireux de venir étudier en Belgique doivent passer par ce filtre. Ce qui constitue également une réussite non négligeable.

Esprit libre : Au-delà de Fudan, d'autres collaborations sont-elles envisagées ?
Pierre Quertenmont : Effectivement, nous avons pu visiter d'autres institutions avec lesquelles nous avons développé - ou pensons pouvoir développer - des collaborations. Par exemple, des échanges existent depuis longtemps entre l'ULB et l'Hôpital Ruijin, dépendant de l'Université Jiaotong de Shanghai, à l'initiative du Pr. Danielle Balériaux (Neuroradiologie, Hôpital Erasme). Il s'agit de la seule Faculté de médecine chinoise à offrir un cursus entièrement francophone, et celui-ci est en outre de très haut niveau. Notre objectif est non seulement de soutenir cette collaboration existante, mais également de l'étendre à d'autres domaines de la médecine. D'autres institutions ont par ailleurs attiré notre attention ou se sont montrées intéressées par le développement de relations structurées avec l'ULB dans des domaines d'intérêt commun, tant à Pékin qu'à Shanghai ; je pense notamment à l'Université de Pékin, à l'Université Tongji...

Esprit libre : Dans sa politique de coopération avec le reste du monde, où l'ULB se situe-t-elle ? Prône-t-elle un éparpillement à travers le globe ou, au contraire, cherche-t-elle à aller vers une concentration géographique ou vers certaines grandes universités ?
Pierre Quertenmont : La politique internationale de l'Université initiée par le précédent recteur, Pierre de Maret, consistait déjà à ne pas s'éparpiller et à identifier un certain nombre de partenaires privilégiés pour l'ensemble de l'Institution. Le recteur, Philippe Vincke, y ajoute à présent un aspect plus disciplinaire. À ce titre, les facultés seront aussi invitées à identifier des partenaires dans leur domaine. Notre objectif n'est donc pas d'être présent dans toutes les régions du monde mais de l'être là où il y a un intérêt stratégique à la fois pour notre Institution et pour nos chercheurs.

Esprit libre : Justement, l'Asie semble tenir une part de plus en plus grande dans cette politique internationale...
Pierre Quertenmont : Il s'agit ici du défi des pays dits émergents. Jusqu'à présent, nous avions une approche de l'Asie fort axée sur la coopération au développement qui se justifiait pleinement et qui est toujours d'actualité dans certains pays. Mais nous nous rendons de plus en plus compte que d'autres pays ont des universités et des institutions de très haut niveau et que continuer des coopérations avec cette philosophie n'a plus beaucoup de sens. Nous devons dès lors faire évoluer les types de collaboration. Cet aspect faisait d'ailleurs partie des objectifs de cette mission en Chine, c'est-à-dire mieux comprendre comment nous pouvons interagir avec ces universités.

Esprit libre : La Chine est un pays où le respect des droits de l'homme est problématique. Quel discours peut-on tenir aux personnes qui penseraient que ce type de collaborations cautionne un régime non-démocratique ?
Pierre Quertenmont : Je pense que plusieurs réponses peuvent être apportées à ce type de réactions. C'est effectivement un débat qui a lieu en permanence au niveau des autorités et du Service des relations internationales. À savoir, jusqu'où nous pouvons aller en travaillant avec un pays qui ne présente pas les garanties de démocratie que nous pourrions attendre ? D'abord, il faut savoir que les universités chinoises sont les lieux où nous trouvons probablement le plus de personnes qui défendent les intérêts démocratiques. Il serait donc dommage de les isoler. Ensuite, accueillir chez nous des étudiants, professeurs et chercheurs chinois leur donne des ouvertures sur un autre mode de fonctionnement, dans un autre système. Ils peuvent donc apprécier par eux-mêmes la manière dont fonctionnent les démocraties européennes. Ce qui pourrait éventuellement inciter à initier des changements par la suite. Enfin, on constate qu'il y a, en Chine, une presse de plus en plus critique vis-à-vis du pouvoir, même si la liberté de parole n'est évidemment pas encore d'application. On observe au sein même du gouvernement chinois, du parti communiste, des gens qui ont envie de réformer... et d'autres qui n'ont pas envie. Il y a en effet des débats sur la question de la démocratisation du pays. L'ouverture de la Chine est une occasion, pour nous, d'apporter notre soutien à ceux qui souhaitent plus de démocratie, tout en restant fidèles à nos propres valeurs.

Mathieu Magain


Fin octobre, la ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et des relations internationales, Marie-Dominique Simonet, menait une mission en Chine afin d'y promouvoir les pôles de compétitivité wallons. Elle était notamment accompagnée d'une délégation de l'ULB, représentée par Véronique Halloin, vice-rectrice pour la recherche et le développement, Michel Goldman (Faculté de médecine) et Yves Geerts (Faculté des sciences), ainsi que Pierre Quertenmont, attaché aux relations internationales. Une mission qui fut l'occasion de renforcer la coopération entre l'ULB et ses principaux partenaires chinois. L'ouverture vers l'Asie est en marche. Aperçu avec Pierre Quertenmont.



Une question à...
Véronique Halloin, vice-rectrice pour la recherche et le développement
Esprit libre Pourquoi l'ULB a-t-elle choisi comme partenaire l'Université Fudan et, inversement, pourquoi est-il intéressant pour une université chinoise de collaborer avec une université comme la nôtre ? Véronique Halloin L'Université Fudan est, en Chine, celle avec laquelle nous collaborions le plus. Mais il s'agit surtout d'une des meilleures universités chinoises. C'est donc un choix stratégique réalisé sur base des collaborations interuniversitaires existantes ainsi que sur la réputation de l'institution partenaire. Pour Fudan, cette collaboration avec l'ULB s'inscrit dans une dynamique d'ouverture vers l'étranger. Les Chinois sont enclins à tisser des liens avec des institutions réputées ; leur politique de collaboration est en pleine phase d'intensification. S'ajoute à cela la qualité des échanges passés, avec notamment des visites de professeurs invités pendant plusieurs semaines, et cela de part et d'autre. Dès lors, il s'est créé une certaine confiance dans notre partenariat qui implique un réel désir de poursuivre nos relations et notre coopération. Par ailleurs, ces échanges sont essentiels pour les étudiants chinois qui souhaitent, eux, apprendre des langues étrangères et s'ouvrir à d'autres cultures. C'est d'autant plus flagrant chez les Chinois car cette ouverture leur a fait défaut pendant longtemps...

 
  ESPRIT LIBRE > DECEMBRE 2006 [ n°45 ]
Université libre de Bruxelles